Etirez-moi la prunelle des yeux pour que je vois aussi loin que je veux...

Là où le geste heurte la pensée, des mots parmi les plus simples s'immiscent en nos vies.

06 novembre 2007

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J'avais sous-estimé la puissance avilissante du souvenir, la fragilité autant que la tenue des piliers soutenant notre histoire, notre vie. J'avais fait de l'enfance un passage oublié, rangée dans un tiroir telle une liasse de cartes postales vieillies. J'avais tenté de conçevoir mon avenir, mais le rude passé s'était montré plus fort, toujours.
En ce jour de Novembre, que j'étais dés lors certain de ne jamais plus oublier, leur rupture fut mienne, me transperça, mais cela sans douleur perceptible. Le pacte avec le diable avait été passé, et du haut de son nuage orageux, il avait foudroyé de sa pique trente ans de vie, sans crier "Gare!". Des cendres, poussière. Voilà qu'il ne restait plus que de nombreux souvenirs, tels les wagons détachés d'un train qui aurait déraillé, celui de l'amour liquide, filant entre nos doigts comme un sable fin. Ce jour qui comme un crochet dégoupilla ce coeur-grenade qui fut mien jusqu'ici. Et que voulait dire "ici" à présent? Explosion dans les entrailles d'un monde perdu, c'était si beau qu'on aurait cru voir, éclater au soleil, l'éclosion de coquelicots plus rouges que le sang. Mais les coquelicots meurent, prématurément. L'alliance était, comme l'aurait imaginer un gamin, toute brillante et d'éclat, à l'abandon sur un bureau de bois, vieilli par tant d'autres bijoux déposés là naguère.
Ainsi s'achèvait toute union, ainsi parcourions-nous nos vies sans conscience de leur finitude. Qu'y avait-il de nouveau dans ce large creux noir qu'un bourreau n'avait encore assomé? Quel traitre avait régi le destin de ces deux là, faible en leur corps, l'âme bientôt déconfite sitôt le temps consommé? Que pouvais-je penser si ce n'est que j'avais devant mes yeux désorientés, l'archétype de l'amour corrompu. Tant de virgules pour si peu de joie, en somme la vie ponctuée de ses surmontables obstacles. Car oui, nous nous relevions toujours après nous être affaissés. Nous n'avions d'autre choix que de poursuivre ce chemin que nous savions déjà semé d'embusques. S'il est vrai que nous sommes notre propre bourreau, il n'est pas faux que nous puissions être celui de l'autre. Cette idée neuve avait germé en moi comme une source d'eau intarrissable. Mais pas de ces eaux limpides et fructueuses qui emplissent les cascades, non, une eau sale, impure et verte comme dégoulinante. J'avais en tout cas la sensation d'une découverte, comme si l'on m'avait débandé les yeux. Je savais désormais qu'il n'y avait ni bien ni mal et qu' hommes et femmes vivaient pour aimer et souffrir.  Cette acide déstinée perdit  de sa laideur lorsqu'enfin j'y déposai des mots, les miens.
Ce Mardi 6 Novembre, mes parents n'étaient plus, accolade défigurée. Mon père et ma mère étaient enfin.
Et si dur qu'était la découverte de ces deux êtres faillibles et fragiles comme les branches d'un arbre en Hiver, j'étais prêt à partir pour l'aventure, à salir mon visage d'une boue molle et coriace, sacrifier le doux souvenir d'une enfance amnésique.
Qu'une armée de cafard noircisse et piétine mes mots pour en faire des tombeaux, je ne puis m'en justifier, cette pluie grouillante hante mes nuits les plus profondes et fait de mes rêves de petits cotons imbibés, noyés dans l'alccol asphyxiant. Ne me tenez rigueur d'un propos trop noir et trop lourd quand de mélancolie ma vie toujours s'habille. Je ne serai jamais adulte ou poète, artiste maudit ou que sais-je, c'est ce magma de pensées abîmées qui toujours me constituera. Tout cela pour dire que nos parents se construisent sur des valeurs éducatives. Nous poussons dans l'oubli ces êtres de chair et de sang, qui un jour rebellés se montrent nus, carapace parentale fissurée.
Voilà qu'apparut dés lors devant moi, le départ nouveau de l'enfance, ce qu'on appelle communément l'âge adulte. À jamais l'enfant siamois de ses géniteurs, morts ou vifs.

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